Éveil

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La ville était silencieuse à cette heure. Les derniers bars avaient fermé et les étudiants étaient, tant bien que mal, rentrés chez eux. Le ciel laissait apparaître quelques étoiles tandis que la lune se cachait sous l’horizon. Une légère brise emportait quelques rares nuages qui reflétaient la lueur orangée des lampadaires. Au sol, elle parcourait les ruelles, balayant les flyers qui remplaçaient les feuilles d’automne comme le béton avait remplacé la terre battue. Ni arbre, ni falaise ne venaient contraindre la course du vent, mais il s’enroulait autour des panneaux de signalisation et glissait sur les façades des immeubles aux volets clos. Tranquillement, il rafraîchissait les rues, poussant l’air lourd des gaz d’échappement de la journée. Il lui faisait faire mille détours, mais le traînait inexorablement vers le sud. Là-bas, les bâtiments étaient moins denses et le souffle chargé prenait ses aises, ralentissait son flot, sans doute heureux de retrouver, ici une pelouse, là un arbuste. L’herbe et les feuilles frissonnaient sous sa caresse. L’espace s’élargissait encore. Alors, il se fit hésitant et s’arrêta presque. Privé d’énergie, son butin s’abandonna doucement dans la verdure qui n’avait rien demandé. Une subite rafale vint poursuivre l’effort, remonta la pente douce des collines et dansa un instant sur les crêtes. Les prospectus qui avaient réussi à faire tout ce chemin depuis la cité endormie, pris dans un tourbillon, se teintaient alors de couleurs vives. Cachées dans les creux du paysage, d’ardentes lumières les éclairaient brusquement pour s’éteindre presque instantanément, reprises par d’autres teintes sans cesse changeantes. Descendant les buttes, l’air s’emplît de bruits, de déflagrations assourdissantes. Soudain, des cris les interrompirent que le vent se chargea d’emporter. Derrière eux ne suivit que le silence.

Le matin trouva un jeune homme étendu sur une pile de déchets. Le ballet des camions à une dizaine de mètres de là, qui avait débuté quelques heures plus tôt, ne l’avait pas dérangé. Mais quand un seau de peinture, tombé d’un tas d’ordure poussé par un petit bulldozer, vint s’écraser à deux centimètres de sa tête, il cilla. Reprendre connaissance serait un bien grand mot, mais il s’éveilla et se redressa brusquement pour retomber aussitôt, trébuchant sur le sol instable. Le conducteur de l’engin vit l’acrobatie et stoppa d’urgence sa machine. En un instant, ce dernier fut à terre pour aider l’infortuné à se redresser.

— Holà petit, qu’est-ce que tu fiches ici, bon Dieu ?

— Moi ! Je… Je… Je ne sais pas !

— M’a pas l’air frais toi. Enfin, tu n’peux pas rester là. Grimpe donc là-dessus que je te sorte de là. Moi c’est Fred. Et toi ?

— Heu… Merde ! Je suis…

— Laisse, t’as l’air d’en tenir une sacrée. On verra ça après un bon café. Viens.

Hébété, le rescapé prit place sur l’engin. Son cerveau peinait à réfléchir, comme englué dans le sommeil, encore accroché à des bribes de rêves. Ses perceptions étaient barrées d’explosions de lumières et de détonations terribles : un feu d’artifice ? Non, ces lumières lui faisaient peur. Il essaya de remettre de l’ordre dans ses idées, tenta de se remémorer ce songe ou ce souvenir. Mais plus il poussait les images à lui revenir, plus il tremblait. Finalement un vertige le fit abandonner. Secouant la tête pour se réveiller, il s’efforça de rattraper le cours du temps. Quelle avait été la question de l’homme ? Son nom ? Il l’avait sur le bout de la langue. Il se dit qu’il n’avait jamais eu la mémoire des noms, mais de là à oublier le sien, c’était fort. Ses lèvres façonnèrent plusieurs syllabes, au hasard, les faisant jouer à ces oreilles espérant retrouver une certaine familiarité, mais rien ne vint. Essayant une autre méthode, il s’enfonça en lui-même. Ses pensées naviguaient sur un océan de ténèbres. Il cherchait des îlots de mémoires, des récifs de souvenirs mais l’horizon était vide et la mer d’huile. Il ne percevait que le sillage que son propre esprit laissait sur son parcours. Il forgeait un nouvel univers de réflexions à mesure qu’il avançait mais tout passé était oblitéré. Une idée le fit s’interrompre soudain. Il prit du recul sur cette image mentale et la trouva étrangement bien structurée. Il devait sans doute être un fieffé adepte de l’introspection. Cette constatation peignit un sourire de contentement sur son visage. Mais ce dernier s’effaça rapidement lorsqu’il observa que cet élément n’apportait finalement aucune réponse.

Frustré, il croisa les bras et souffla, vidant au maximum ses poumons. L’inspiration suivante le fit tousser violemment tant l’air aspiré goulûment était vicié. Relevant la tête et ouvrant grand les yeux, il reprit pied dans le monde matériel et laissa errer son regard alentour. Ils semblaient avancer au sein d’une immense dépression remplie de détritus de toute sorte. Derrière eux, le bulldozer laissait un sillage d’objets tassés et compressés. Des collines ceinturaient le site. Sur la droite se dressait un mur immense surplombé d’une plate-forme où s’alignait plusieurs camions, la remorque relevée afin d’ajouter leur contenu à la mer de déchets. L’équilibre de l’ensemble semblait bien précaire et l’observateur n’aurait pas aimé se tenir à côté de ces conteneurs d’une hauteur impressionnante. Les embruns soulevés par la chute des ordures arrivèrent jusqu’à eux, délivrant une odeur nauséabonde. La machine qui le transportait filait bon train, basculant dans des creux, se soulevant aux endroits plus compactes. Le garçon se serait cru sur un bateau affrontant les vagues d’une mer déchaînée. Ce sentiment était encore renforcé par les oiseaux qui tournaient au-dessus de leurs têtes, en quête de nourriture, comme après un chalutier.

Quand une odeur sucrée vint remplacer l’acre émanation de cette mer en décomposition, le jeune homme se tourna pour examiner le pilote. Ce dernier tirait abondamment sur une espèce de gros stylos noir puis recrachait une fumée blanchâtre. Le goût acidulé de cette fausse cigarette devait être un salut pour qui passait sa journée dans ce lieu fétide. Caché sous d’épais sourcils gris, le regard du fumeur se perdait dans le vague et ne prêtait plus aucune attention à son chargement. Un béret bleu nuit couvrait un crâne qui n’était plus très garni. Pourtant le visage ne semblait pas si vieux. L’habit était complété d’une salopette bleue sur un t-shirt blanc qui laissait apparaître des bras puissants. L’examen fut interrompu par une brusque secousse lorsque la machine entama l’ascension d’une pente particulièrement raide qui menait à une sorte de cabane de chantier près de laquelle ils s’arrêtèrent. L’employé descendit sans se retourner. On eut dit qu’il avait déjà oublié sa découverte au milieu des déchets. Enfin, il disparut derrière le bâtiment. Incrédule, le garçon hésita un long moment. Il se retourna une dernière fois pour embrasser l’étrange décor, se posant mille questions, puis emboîta le pas de son sauveur.

— Je t’ai posé une tasse sur la table, dit Fred lorsqu’une ombre s’encadra dans la porte derrière lui. Faut juste que je prévienne mon collègue sur la terrasse. Y a un lavabo là-derrière si tu veux te débarbouiller. T’es noir comme un cul à t’être roulé dans la fange en bas.

Le garçon qui venait d’entrer regarda l’homme repasser à côté de lui et disparaître à l’extérieur. Il s’approcha de la table et tendit une main fébrile et sale vers la tasse. Le café avait un goût infecte, mais sa chaleur lui fît du bien. Il se dirigea ensuite vers le point d’eau, se frotta les mains et les bras avant de s’asperger abondamment le visage. Ce faisant, il se sentait lentement redevenir humain bien qu’il ne sût toujours pas qui il était. Le miroir au-dessus de l’évier lui renvoyait l’image d’un jeune homme tout juste majeur ou s’en approchant. Ses yeux bleus, irrités et injectés de sang, examinaient ses traits tirés. Des mèches de cheveux châtains s’échappaient de la poussière orange qui recouvrait sa tête. Il portait une barbe de quelques jours qui semblait bien taillée. Malgré un manque flagrant d’entretien et de repos, il se trouva assez beau et s’en félicita. Il passa ses doigts fins et délicats sur son menton. Ces mains n’avaient visiblement jamais connu de véritable labeur. Une trace plus claire à l’annulaire droit indiquait qu’il manquait une bague. Cette absence l’affecta sans trop qu’il sache pourquoi. Il devait sûrement tenir à ce bijou et se demanda où il pouvait bien se trouver. Il ne portait pas de veste et son t-shirt, déchiré et tâché, était bon pour la poubelle. Son jean n’était pas dans un meilleur état mais était encore suffisamment décent. Il tâta ses poches et y découvrit des clés et un portefeuille. Ce dernier n’était pas très épais mais lui permettrait enfin de savoir qui il était. Sa main tremblait alors qu’il retournait l’objet en cuir dans tous les sens, retardant l’échéance, lorsque la voix de Fred retentit derrière lui.

— Ha ben tu ressembles déjà plus à quelque chose. Bon, qu’est-ce que tu fichais dans ce trou ? J’ai failli t’ensevelir !

— Mais où je suis, là ? Répliqua le garçon. Le ton de son interlocuteur l’énervant brusquement.

— Ben, au centre d’enfouissement. Tu crois qu’elles deviennent quoi tes poubelles ? On les enterre ici. T’as une salle gueule, mais tu m’as pas encore l’air périmé. T’as rien à faire avec les ordures. Écoute, l’accès est interdit, mais si ça te plaît de chiner ici, ça m’en touche une, sans faire bouger l’autre. Mais là, j’ai failli te rouler dessus, et ça m’aurait bien fait mal au cul.

Voyant son interlocuteur se renfrogner, Fred reprit d’un ton plus calme.

— C’est quoi ton petit nom ?

— Je ne sais plus, répondit-il en regardant le portefeuille toujours fermé dans sa main.

— Donne-moi ça. Hum. Alors t’es étudiant mon petit… Secma ? C’est un nom ça ? Secma Nordheim. Ils t’en voulaient tes parents, je suis désolé de te l’apprendre.

— Secma… répéta le jeune homme en savourant chaque son. Ça sonne bien. Ce n’est pas pire que Fred. Moi, je l’aime bien ce prénom.

Le regard soudain fier et franc du jeune homme déstabilisa le vieux grigou à qui on ne la faisait pourtant pas d’habitude, malgré ses airs débonnaires.

— Et là, t’as un permis, reprit-il pour se redonner une contenance. A priori, t’habites en ville. J’ai rien vu en arrivant, mais bon, j’ouvre pas les yeux avant mon quatrième café le matin.

Haussant le ton pour faire monter son effet, il continua.

— Et là, j’en suis qu’à trois alors dis-toi que t’as le cul bordé de nouilles si je t’ai pas écrasé tout à l’heure ! Et si t’as encore un peu de bol, t’auras pas à rentrer à pied. Sinon, faudra attendre que je termine ma journée et peut-être que je me sentirais de te ramener.

Secma resta impassible face à l’envolée. Il réfléchissait, stockait chaque nouvelle information, espérant y trouver une clé vers son passé, lointain ou au moins immédiat. Une question l’intriguait : Que faisait-il ici ? Il était redevable envers le vieil homme et ne voulait pas se montrer antipathique. Mais son esprit tout entier accaparé à l’analyse de sa situation ne disposait plus des capacités nécessaires pour gérer les réactions physiques appropriées. Déjà, les paroles qu’il entendait prenaient un temps considérable avant de percer son champ de conscience. Mais elles étaient ensuite décortiquées avec le plus grand soin. Son temps de réponse fut finalement trop long pour que la formulation d’une quelconque réaction lui semble encore pertinente.

— Bon, j’ai pas que ça à faire. Tu m’as l’air d’aller mieux. Descends la route et regarde si tu trouves avec quoi t’es venu. Sinon, y en a pour une heure de marche jusqu’au premier arrêt de bus en remontant vers la ville. Au pire, tu reviens attendre ici et tu glandes pendant 5 heures.

— Hum…

— De rien. Aller, j’y retourne. Fais ce que tu veux, mais je veux plus te voir dans mon trou.

Le soleil était haut dans le ciel et dispensait une chaleur agréable. Sur la voie qui descendait vers la route principale, Secma marchait d’un bon pas en explorant le paysage. Il avait fini par conclure qu’il ne savait pas grand-chose et qu’il ne se souvenait d’absolument rien. Toutefois, les premières informations qu’il avait obtenues constituaient une piste suffisante qu’il entreprit de suivre. Le choc passé, il avait décidé de prendre les choses comme elles venaient et d’analyser tout nouvel élément calmement. La mémoire finirait bien par lui revenir lorsqu’il serait confronté à un environnement familier. Il était certain que sa venue en ce lieu était exceptionnelle. L’accès était prohibé et l’agent qui y travaillait ne le connaissait pas. En retrouvant d’abord un passé plus lointain, il pourrait toujours remonter dans son emploi du temps jusqu’à la raison de son éveil dans cet endroit improbable. Cette résolution l’avait apaisé et rentrer chez lui constituait un but simple et clair. Son esprit quoique vide était à présent ordonné. Il savait que l’organisation de ses pensées était une habitude et, bien qu’il trouvât cela plutôt digne d’un maniaque du rangement, retrouver ses réflexes mentaux serait un prélude à la rémission. Aussi profitait-il du beau temps, appréciant le jeu des ombres dans les feuilles des arbres et le chant des oiseaux. Comme il s’éloignait, la puanteur s’estompait, remplacée par de douces fragrances estivales. Même s’il ne retrouvait pas un moyen de locomotion, il ne rebrousserait pas chemin et profiterait de la promenade.

Avant de passer la barrière qui contrôlait l’accès au site, il demanda à un agent d’accueil, visiblement informé de sa présence, la direction de la ville. Puis il s’engagea sur la route principale. Cette dernière n’avait pas d’accotement, mais le trafic était quasi-inexistant à cette heure. Aussi s’engagea-t-il le long de la piste grise bordée de part et d’autre de talus et de fourrés. S’il avait laissé une voiture dans les environs, elle n’aurait pas manqué de gêner la circulation, sans possibilité de la pousser hors de la voie. Comme Fred prétendait n’avoir rien vu, le jeune homme se résigna à rentrer à pied. Au-delà du sol bétonné, le monde revêtait son habit de nature et il était difficile de deviner que derrière l’une de ces pentes tapissées de petits arbustes touffus se trouvait un océan de déchets. De l’autre côté de la chaussée, derrière les buttes, le terrain vaguement vallonné était parcouru de champs à perte de vue.

Bien vite, un casque de moto dans l’herbe attira son attention. La visière était arrachée et des rayures zébraient tout un côté. Bien qu’abîmé, son état montrait que son abandon était récent. Emportant l’artefact, le garçon remonta la piste jusqu’à un talus dont la terre avait été labourée et l’escalada. Quelques mètres derrière gisait une moto qui avait subi le même traitement que le casque. Secma se retourna et remarqua les marques sur la chaussée qui indiquaient la trajectoire du bolide. La chute avait été brutale et l’engin avait glissé sur plusieurs mètres avant de s’envoler au-dessus de la butte. La protection retrouvée plus loin montrait que le pilote s’en était miraculeusement sorti mais avait disparu. Le jeune investigateur mit une main à sa poche et sortit ses clés. Il en choisit une, dévala le talus et l’introduit dans le contact. Voilà qui répondait à une question mais en posait mille autres. Excepté une légère migraine, il n’avait aucune égratignure. Il n’avait même pas un cuir qui l’aurait empêché de rapper sa chair jusqu’à l’os contre le sol, mais il avait pu le jeter plus loin. Malgré tout, cela tenait du miracle. Un tel accident pouvait expliquer ses vêtements en lambeaux. Un traumatisme crânien avait provoqué sa perte de mémoire ainsi qu’une désorientation sévère qui l’avait conduit à se traîner dans une fosse à ordure. Cette dernière assertion devenait encore plus improbable. Mais l’absence d’autres séquelles était totalement incohérente. Le garçon croisa les bras et expira à fond. À nouveau, il fit le tour de son espace mental, décidément bien vide, et y rangea ces nouvelles informations. Comme elles ne s’imbriquaient avec rien, il accepta simplement le fait qu’il était propriétaire d’une moto cabossée. Sceptique, il marqua une pause puis ajouta le fait qu’il était un homme chanceux. Répéter cette dernière constatation à voix haute ne suffit pourtant pas à le convaincre. Il n’allait pas reconstruire son identité en utilisant de telles fantaisies comme mortier. On bâtissait des religions ainsi, mais on ne forgeait pas un individu sain d’esprit avec un matériau si friable. La chance était une explication bien trop facile. Toutefois, être cartésien n’empêche pas de rêver et il prit quelques instants à s’imaginer avec des super-pouvoirs. L’invulnérabilité était une évidence. Sans doute pas le vol, la moto aurait été inutile. La question de l’origine de tels capacités l’intéressa ensuite. Le bras vengeur de Dieu, la cause extraterrestre, voyageur entre les mondes ?

Soudain, une douleur aussi fulgurante que violente le saisit et il s’effondra à genou. Le monde avait pris une teinte bleue et des points noirs volaient devant ses yeux. Il ne comprit pas ce qui venait de lui arriver mais en s’asseyant, il vit deux hommes au sommet du remblai. Ils étaient arrivés dans son dos et affichaient un air hostile. Secma pensa qu’ils devaient avoir la quarantaine. L’un portait une chemise bleue unie et l’autre une veste brune légère sur un t-shirt noir. Aucun ne tenait d’arme et rien ne laissait supposer qu’ils en aient dissimulé.

Lorsque leur victime tenta de se lever, ils se mirent sur leur garde. Ils le craignaient pour une raison qu’il ignorait. Ses jambes tremblaient et, encore choqué, il n’aurait même pas été capable de se servir d’une arme s’il en avait eu une. Bien qu’il sût cela vain, il tenta la fuite, manquant de trébucher sur le cadavre de la moto derrière lui. Ses agresseurs furent étonnés par cette réaction, ce qui lui permit de parcourir fébrilement une distance illusoire. La surprise passée, l’un des hommes tendit calmement un bras, main ouverte, en direction du garçon affolé. Puis il expira profondément et referma le point. Le cri que poussa Secma à ce moment-là fut audible à des kilomètres à la ronde. Il s’était écroulé. Son visage enfoui dans les hautes herbes, il hurlait tandis qu’il agrippait sa cuisse gauche des deux mains. Les chairs étaient déchirées au niveau du genou. Au sol, reposait un amas de viandes sanguinolentes et d’os brisés qui avaient été sa jambe. Les larmes barraient sa vue et la bile qui remontait dans sa gorge changeait ses gémissements en d’horribles gargouillis. Son esprit se refusait à admettre ce qu’il voyait et l’ombre des hommes qui s’approchaient lentement ne put lui faire détourner le regard de l’abomination écarlate dont s’échappaient par à-coup des fluides vermeils. Son monde se réduisait à présent à cette pulpe répandue sous lui. Après un temps qui lui parut une éternité de souffrance, une main qu’il sentit à peine toucha son front. Quelques instants plus tard, une chape d’obscurité vint couvrir sa conscience. Secma sombra dans un néant salvateur.


2 Commentaires.

  1. Je ne vais pas m’étendre sur le style ou la forme, qui vont naturellement évoluer au fur et à mesure que tu écriras. C’est un peu convenu pour le moment mais il y a du potentiel. Pour en revenir à l’histoire, toute la première partie s’enchaîne assez normalement, à un rythme constant, jusqu’à l’arrivée à la moto. Que Secma essaye de faire son propre diagnostic, ça passe encore, même si je l’imagine mal se poser ce genre de questions alors qu’il y en a de plus pressantes (qui est-il? quel est son nom? pourquoi venait-il ici ? comment rentrer en ville ?). Le coup de se laisser rêver à d’éventuels super pouvoirs, là ça me semble pour le coup inutile (même si ça amène une partie de la suite de l’intrigue ou l’attaque des deux hommes). Secma est dans un moment concret, avec beaucoup de choses à décider et à penser dans le moment présent. Il est hagard, sans mémoire immédiate ou à long terme. Je trouve que le coup des super pouvoirs tombe comme un cheveu sur la soupe. Sinon oui, j’attends la suite

    • J’avais un passage où j’insistais un peu plus sur son caractère analytique un peu extrême, mais je trouvais que ça faisait trop. Alors je l’ai retiré. Son trip sur les pouvoir était par la même un peu plus développé. J’en ai gardé un morceau annonciateur de la suite. Ce que j’en ai gardé est peut-être un peu maladroit. Je serais plus attentif à mes remaniements par la suite.

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